OVNI au Ritz

Il faisait beau ce dimanche-là et nous sommes allés au Ritz pour le tea time.

Ici, il y a deux lieux pour le thé. Le Salon Proust et le Bar Vendôme.

 

 

Le Salon Proust

Le Salon Proust sert uniquement le thé à la française, de 15h à 18. C’est un espace que j’aime beaucoup avec ses thés, son calme, sa quiétude et ses Proust partout. Portrait de Marcel aux murs, le « temps perdu » sur chaque étagère dans toutes les éditions, des fauteuils très très moelleux qui voudraient recréer une ambiance feutrée et légèrement décadente, sinon proustienne au moins Belle Époque. Proust à la truelle peut-être mais que cela est cosy !

 

 

La première petite madeleine sur laquelle on vous verse du lait est délicate et mignonne comme tout. La dernière madeleine, plus grosse, plus sucrée et glacée au citron, se croque avec délice.

 

 

Entre les deux, un serviteur avec 16 ? 12 ? 24 ? gâteaux d’Antan. Nounours en guimauve, gaufrettes framboises, tartes au sucre, cigarettes russes, sablés, palmiers… sans compter les cakes, marbrés ou non. On choisit, on croque et on s’exclame devant ces douceurs merveilleusement bonnes et terriblement charmantes même si, personnellement, je suis un peu moins enthousiaste pour la nostalgie des goûters en culottes courtes, car – comment dire ? – je préfère manger une grosse pièce de bœuf plutôt que de grignoter des tranches de saucisson, aussi bon soit-il. Si vous voyez l’analogie.

 

 

 

Les thés sont tout simplement les meilleurs de Paris. Les thés – les feuilles de thé – sont de bonne qualité mais on trouve évidemment mieux en Chine, à Hong Kong, au Japon. En revanche, à ma connaissance, le Salon Proust est le seul endroit à Paris (hors boutiques spécialisées) à connaître ses thés et à faire la différence entre un pu-er « shen-cha » (cru 生茶) et un pu-er « shu cha » (cuit 熟茶), par exemple. Ou à donner l’année de récolte dans le menu.

 

« Frisbee » de pu-er shu-cha Lin Cang récolte 2015.

 

Thé blanc Yin Zhen de Yunnan, récolte de l’année.

 

Thé Rou Gui semi-oxydé à 60 % de Fujian, récolte de l’année.

 

Thé vert Long Jing grand cru de Zhejiang, récolte de l’année.

 

Théières chinoises et pichets à thé.

 

Mais ici il y a un responsable des thés, qui les connait bien, vous conseille, vous fait humer les feuilles avant l’infusion et prépare la boisson absolument comme il faut, à la manière chinoise (gong fu cha), ce qui est totalement inédit dans un palace parisien, la norme dans ce pays du café étant un liquide brûlant d’amertume et de tannins ou celui, nauséabond, de tiédeur aqueuse.

 

 

Comme toute ex-jeune fille littéraire qui a compté ses sous pour acheter un livre de la Pléiade juste pour le plaisir de tourner ces pages fines, la moins jeune fille que je suis aujourd’hui a été interloquée par l’addition présentée dans un exemplaire du livre en guise du petit plateau rectangulaire. Sacrilège, ils ont osé ! Oui, mais… que ces pages sont magnifiques ! Nostalgie, vers un temps lointain quand on lisait encore des vrais livres. Madeleine en bouche, madeleine dans l’esprit, et c’est bien la première fois que je caresse longuement, amoureusement, la note…

 

 

Mais voilà. Assise au Salon Proust, je vois de l’autre côté du couloir des gâteaux… Et quand je les pointe du bout du doigt, faisant les yeux doux à la dame, elle me répond que pour manger les gâteaux, les gros, les vrais, avec de la crème et du beurre, il faut aller en face, au Bar Vendôme. « Madame, ici au Salon Proust, nous servons le thé à la française. Pour le thé à l’anglaise, il faut aller au Bar Vendôme. » Entre cette Angleterre et cette France, il y la largeur du couloir, bien plus difficile à franchir que la Manche.

 

À gauche, le Salon Proust. À droite, le Bar Vendôme.

 

Le Bar Vendôme.

Un dimanche avec un ciel bleu, pensez-vous, la terrasse du Bar Vendôme était pleine évidemment. Mais on nous trouve une table nichée à l’intérieur à côté du bar, dans un coin sombre et intime. La banquette en arc de cercle est moelleuse, la nappe immaculée et mon compagnon est perché dans un fauteuil qui ne doit pas être inconfortable. Tout va très bien.

 

 

Le serviteur du thé à l’anglaise est très classique dans son organisation, avec en haut, des sandwiches, ensuite des scones, et enfin, un gâteau que l’on choisit dans la sélection des pâtisseries. Ce n’est pas le thé le plus fourni de la capitale ce qui n’est pas plus mal car la multitude de petits fours est toujours un tantinet boring : mini tartelette de citron, mini financier, mini gâteau roulé, mini cannelé, mini religieuse, mini caroline…beaucoup de mini choses plus ou moins molles. Ou très molles. Rien à se mettre sous la dent.

 

Sandwich saumon fumé et nori.

 

Les sandwiches sont bons. Saumon fumé et algue nori, surprenant et pas mauvais si on aime la mer. Poulet et tomate confite, finalement assez banal, mais bon. Concombre et une sorte de fromage je crois, qui se mange bien. Les scones sont parfaits sans être mémorables.

 

Sandwich concombre fromage.

 

Le millefeuille était un tout petit peu décevant.

 

Millefeuille.

 

Autant le thé – la boisson -, est fait dans les règles de l’art au Salon Proust, autant il est typiquement parisien ici, c’est-à-dire servi à des températures approximatives dans des théières multi-tâches. Surtout ne pas poser de question sur la provenance du thé car on vous répondra d’un universel « Chine » ou, au mieux, « TWG », ce dernier étant la marque qui fournit tout l’hôtel. J’avoue que je me suis étouffée quand on m’a parlé du thé sencha de Chine.

Mais le gros machin tout en bas du serviteur… Le voici de plus près. Gros.

 

 

Un OVNI, n’est-ce pas ?

Lisse comme le Sahara par temps calme, il a l’air dur, ferme et très mystérieux. Visiblement trop gros pour être croqué – ou était-ce l’instinct qui me poussa à prendre fourchette et couteau ?

Je le coupe en deux – le couteau s’enfonce comme dans rien. Il n’y a aucune résistance sous la lame. L’OVNI est tout mou.

 

Biscuit de Savoie, amandes torréfiées, miel de châtaigner et crème chantilly.

 

Oh la la… Que c’est bon ! La texture est tellement fondante qu’elle en est presque impossible. Les goûts sont riches et évanescents. Riches comme une très bonne crème fraîche, épais comme une grosse tranche de gâteau moelleux, sucrés avec une douceur et une élégance infinies.

Cet entremets mérite à lui seul le détour à la place Vendôme.

La première fois que j’avais entendu le nom de ce pâtissier de génie, c’était à l’Abeille au Shangri-La. Si le dîner ne nous avait pas laissé une impression indélébile, les desserts et mignardises m’avait marquée.

« Votre pâtissier est très doué, il doit être jeune ? »
« Euh oui madame… en tout cas il est plus jeune que le chef »
« Et son nom ? »
« François Perret »

 

Ritz Paris
15 place Vendôme
75001 Paris
Tél : 01 43 16 30 30

Dans les deux lieux.
Thé complet et boisson chaude : 65€
Thé complet et champagne : 85€

Pour moi, au Salon Proust, les gâteaux d’une seule formule suffisent pour 3. Il faut juste commander 2 boissons supplémentaires.

Au Bar Vendôme, dans la formule pour 1 personne, il y a 2 pièces de chaque type de sandwich, 1 scone nature et 1 scone chocolat, ainsi que la pâtisserie au choix. Je conseille de commander 1 thé complet avec la pâtisserie et la boisson chaude, et d’ajouter une pâtisserie et une boisson à la carte pour chaque personne supplémentaire.

A propos Chihiro

100% Japonaise, née à Tokyo, j'ai grandi à Paris, Londres et New York. Auteur de livres de cuisine, journaliste à mes heures perdues.

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