Le Président – vraiment dommage

Le Président est un énorme restaurant emblématique de Belleville où j’allais avec des copains quand nous étions étudiants. ils buvaient des brouilly pas très bons et moi du thé jasmin délavé – déjà à l’époque je ne supportais pas trop l’alcool. Ils ont essayé de prendre chacun son plat – potage pékinois, poulet aux champignons noirs, riz cantonais – mais ont vite compris que non, on ne mange pas comme ça, en tout cas, pas avec moi.

La cuisine n’était pas bonne, le service était rude et il y avait très souvent des mariages qui faisaient beaucoup de bruit. Mais nous étions jeunes et ce n’était pas très important.

Le gros avantage du lieu était la très grande salle où il y avait toujours de la place sans réserver et sans attendre. Et probablement qu’entre ça ou le resto U, c’était encore meilleur (il parait qu’aujourd’hui le resto U est devenu bon… décidément on ne refuse plus rien aux jeunes).

Depuis je ne suis pas retournée au Président car avec l’âge, on devient difficile, exigeant, aigiri et on ne veut plus payer pour mal manger. Même pour un lieu aussi empreint de nostalgie que celui-ci.

Un restaurant emblématique.

Un restaurant emblématique.

Mais il y a quelques mois, quelqu’un m’a dit que le Président avait changé de propriétaire et que c’était « devenu bon ».

Il va passer un sale quart d’heure car du coup, j’y suis allée.

Et je n’ai pas aimé du tout.

Il parait qu’ils ont fait des travaux. Je ne sais pas de quoi car les orchidées artificielles dans les vitrines semblent inchangées. Il y avait même les vieilles photos de Mitterand qui était venu y manger et un paon empaillé dont les plumes sont figées par la poussière. Le parquet peut-être ?

Mais nous aurions apprécié ce décor inchangé rétro-kitsch si la cuisine avait été bonne.

Le grand escalier, inchangé.

Le grand escalier. J’espère qu’on n’y touchera jamais.

 

La carte a complètement changé. Autrefois, elle faisait déjà plusieurs pages mais maintenant on y trouve des tas de choses qu’on ne trouve pas ailleurs.

Nous y étions allés pour les dim-sum – dont c’est désormais la spécialité. Il y a un large choix. Et oh ! joie ! il y a aussi du canard pékinois.

Quelle déception. Rien n’était bon. Tout était fade, laissant un mauvais goût de glutamate alors quetout le reste manquait. En plus je me suis entêtée à commander des plats supplémentaires dans l’espoir de tomber enfin sur quelque chose de bon… C’est de ma faute, je ne le ferai plus.

Les dim-sum étaient tièdes voire froids, ce qui est vraiment, vraiment, inacceptable. S’il y a bien un plat chaud sur terre, c’est le dim sum, avec ces nuages de vapeur qui s’élèvent des paniers. Le dim-sum (点心) ne se limite aux petites bouchées à la vapeur,  me direz-vous. Oui mais poêlé, frit ou mijoté, le dim-sum est CHAUD.

Ha-kao lourds qui rappellent ceux du traiteur du coin par leur farce trop mixée, sans le bon croquant de la crevette. Siu-mai, inutilement gros et même pas goûteux. Xiaolongbao pâteux et sans jus. Rouleaux de soja aux crevettes et au porc, secs et détrempés tout à la fois. Pâtés de navet, sous-cuits et mous. Crêpes de riz avec une sauce beaucoup trop sucrée. Riz gluant au poulet à la vapeur, mal fichu avec des gros morceaux de poulet en sandwich dedans. Quand au canard pékinois… brrr… Avec ces crêpes très blanches et élastiques, semblables à celles de Dadong à Pékin (que je n’aime pas, mais on peut dire que c’est une affaire de goût) mais toutes petites. Le pauvre canard taillé à la hache en énormes morceaux qu’on ne peut même pas rouler car plus grands que les crêpes. Le riz sauté du deuxième service, avec la viande du canard, était encore ce qu’il y avait de meilleur car au moins, il était chaud. Mais c’est très dur de vraiment rater un riz sauté et je ne vais pas au resto pour ça.

J’ai même pris un beignet de banane en dessert me disant que c’est inratable. Eh bien si. Pâle à l’extérieur, farineux à l’intérieur. Raté.

Il faut dire que ce n’était pas cher… mais encore trop pour cette qualité. À mon avis – et ce n’est pas une certitude, juste un soupçon – on fait l’économie sur la farce, sur la pâte, sur la main d’œuvre. Sur tout. Alors forcément le résultat est pire que médiocre.

Finalement, le Président n’a pas changé depuis le siècle dernier. On y mange tout aussi mal quoique différemment. Ah si, un changement. Le service est bien plus sympathique. Espérons que la cuisine le devienne aussi un jour. Car pour l’instant, tout ce qu’on peut en conclure, c’est que c’est vraiment dommage mais qu’on n’y retournera pas.

Canard pékinois présenté à la table avant la découpe.

Canard pékinois présenté à la table avant la découpe en cuisine. Pauvre coin-coin.

 

Les crêpes blanches que je n'aime pas mais c'est une question de goût.

Les crêpes blanches que je n’aime pas mais on peut dire que c’est une question de goût.

 

Canard pékinois.

Canard pékinois.

 

"Feuilles de pousses de bambou aux crevettes et porc (ce sont des feuilles de soja).

« Feuilles de pousses de bambou » aux crevettes et porc (feuilles de soja).

 

Xiaolongbao.

Xiaolongbao (raviolis de porc avec un bouillon de porc dedans, enfin, en théorie).

 

Ha-kao. Raviolis de crevettes.

Ha-kao (raviolis de crevettes).

 

Pâtés de navet.

Pâtés de navet.

 

Crêpes de riz aux crevettes.

Crêpes de riz aux crevettes.

 

Carrés de châtaigne d'eau.

Carrés de châtaigne d’eau.

 

Beignets de banane.

Beignets de banane.

 

"Millefeuille" à la vapeur. C'est à la noix de coco.

« Millefeuille » à la vapeur. À la noix de coco.

 

La note.

La note.

Le Président
120-124 rue du faubourg du temple
75011 Paris
Tél : 01 53 23 82 82

A propos Chihiro

100% Japonaise, née à Tokyo, j’ai grandi à Paris, Londres et New York. Auteur de livres de cuisine, journaliste à mes heures perdues.

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