Chinese Food Week à Paris

La deuxième édition de la Chinese Food Week s’est terminée et j’ai été très impressionnée.

Une initiative de l’Association des Jeunes Chinois de France (AJCF)(voir plus bas) c’est une semaine pendant laquelle on vous propose 7 diners dans 7 restaurants chinois de Paris à 23€ chacun et par personne.

Il faut réserver et payer les diners sur le site Internet de la Chinese Food Week.

Chinese Food Week - du 1er au 7 juin 2015

Chinese Food Week – du 1er au 7 juin 2015

Le 3 juin, le troisième jour de l’évènement, je suis allée au Pont de Sichuan.

Un restaurant dont je ne connaissais même pas le nom.

Les dîners de la Chinese Food Week sont des sortes de banquets où vous êtes assis à une grande table de 20 ou plus chez Hakka Home (jour 1), à des tables de 6 au Pont de Sichuan (jour 3), à des grandes tables tournantes au Président (jour 5)… L’idée étant la convivialité et le partage.

Il n’y a pas d’assiette individuelle et chacun pioche dans le plat. « À la chinoise », vous dit-on, ce qui n’est pas tout à fait vrai, car si en Chine comme partout en Asie on partage tous les plats, il n’y a quand même qu’aux grandes occasions où autant de monde mange la même chose en même temps.

(La notion de « chacun commande son plat et le mange tout seul » est tout à fait occidentale. D’ailleurs c’est très étrange de voir des Français dans les restaurants chinois en France avec chacun son riz cantonais devant lui…)

Nous connaissons tous les banquets des mariages. La cuisine doit sortir les plats pour 10, 20, 30 tables simultanément. A-t-on jamais vraiment bien mangé à un mariage n’importe où dans le monde ? Non.

Mais ce n’est pas le but.

Ici, ce soir, l’objectif était de découvrir. Découvrir des cuisines, rencontrer des gens, passer un bon moment…tout cela sonne étrangement comme ces litanies dont on nous bassine « le partage, la convivialité, l’émotion » à tel point que l’on a envie de devenir vraiment, très, sauvage, mais l’enthousiasme de ces jeunes est entraînant et même les vieux grincheurs se laissent porter.

Moi, par exemple.

Ce soir-là au Pont de Sichuan, tout était bon mais rien n’était transcendental. Je pense que dans le cadre de l’évènement et pour un public français, les doses d’épices ont été très mesurées pour convenir au plus grand nombre. Et peut-être que même les autres jours, ce serait toujours aussi mesuré car sinon trop épicé pour 95 % des clients parisiens.

Non pas que ce soit nécessaire de cracher du feu pour qu’une cuisine soit bonne. Mais je reste convaincue que dans toute cuisine, il y a un équilibre entre les différentes saveurs qu’on ne peut pas déranger sous peine de rendre la cuisine trop douce ou trop salée ou trop fade. En plus, quand je dis « épices » je ne parle pas que du piment.

Malgré cela, au Pont de Sichuan ce soir-là, on a senti une réelle volonté de faire quelque chose de bien. Car malgré la difficulté de sortir autant de plats préparés à la minute, pour autant de monde, il y avait de la variété et du travail. Le chef n’a visiblement pas pris le chemin de la facilité.

D’ailleurs à la fin du dîner, il est sorti de sa cuisine, tout fier, tout souriant.

Ah ! Comme c’est agréable, un cuisinier qui rayonne de bonheur à la fin d’un repas !

Son second lui soufflait les mots dans l’oreille « Merci » « beaucoup » « d’être venus » « ce soir. »

Et puis, comment ne pas être touchée par cette bande de jeunes enthousiastes ? Des Chinois – on présume – qui sont pour la plupart nés en France mais dont les parents sont … d’Asie. Comme ce jeune homme, l’un des organisateurs de l’évènement et membre actif de l’Association, qui s’est assis à ma table le temps d’avaler un bout de poisson et un bol de riz, dont les grands-parents cantonais avaient émigré au Vietnam pendant l’invasion japonaise, et les parents, émigré en France pendant la guerre du Vietnam. Une famille qui a continué à parler cantonais pendant toutes ses migrations mais dont le dernier et plus jeune membre ne lit plus le chinois.

Il m’explique : « Dans l’Association, nous demandons des bénévoles pour le soutien scolaire des enfants dont les parents ne sont pas francophones.

Il y a aussi des écrivains publics pour aider les gens à remplir les papiers ou à rédiger des lettres en français. »

Dans ma tête, quelque chose a fait tilt.

Le matin même, une amie japonaise m’avait fait part de son angoisse grandissante car elle n’arrivait plus à comprendre les énoncés des devoirs de sa fille en CE2. Elle venait de passer des heures sur Internet à essayer de traduire les cours d’histoire.

On peut dire évidemment que les enfants n’ont pas besoin d’être aidés par les parents à faire leurs devoirs… mais.

« Parce que nous en avons souffert quand nous étions petits » dit le jeune homme.

J’ai trouvé admirable cette initiative qui, au lieu de se plaindre que les autres sont privilégiés car ils comprennent le français, consiste à agir pour surmonter ce handicap.

Et de s’organiser en conséquence pour s’entraider – communautarisme, peut-être, mais constructif et pragmatique.

(Voilà pourquoi les Chinois iront loin…partout dans le monde)

Pour en revenir à la cuisine… Voici donc les plats qui étaient servis au Pont de Sichuan. Avec thé pu-erh et Moutai à volonté.

Avouez que pour 23€, c’était une affaire !

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Le menu du soir – bien fourni !

 

 

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Poulet à la sauce soja. C’était frais et bon, avec une pointe de gingembre. Bonheur absolu pour moi qui ne bois que du thé : du pu-erh et non ce jasmin insipide-deuxième-eau-de-vaisselle qu’on nous sert toujours. Nous avons hésité à le verser dans les bols en bois et avons finalement opté pour les verres – en fait il suffisait d’attendre un peu, des tasses sont arrivées peu après. Les bols étaient pour le riz.

 

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Salade de champignons noirs. Sympathique, goûteux et frais.

 

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Nouilles froides à la sauce sichuannaise. Tellement meilleures que ce visuel ne le laisserait supposer. Délicieux !

 

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La spécialité de la maison ? Poisson rôti aux deux saveurs. Beaucoup moins pimenté qu’il en a l’air. Le poisson est frit entier puis servi dans une sorte de bouillon relevé dans lequel on pêche aussi des champignons enoki, des poireaux et des vermicelles.

 

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Agneau sauté aux poireaux. Ces derniers auraient gagné à être un peu plus cuits quand même.

 

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Chou de Shanghaï sauté. Comme toujours, très bonne cuisson, fondante et croquante tout à la fois.

 

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Poitrine de porc sautée avec légumes façon sichuannaise. Servie avec du pain vapeur plutôt industriel, il n’était franchement pas bon. Le plat en lui-même était très bon, avec des poivrons et piments verts doux parfaitement à point.

 

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Marmite de champignons. Un plat qui a remporté beaucoup de succès à ma table.

 

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Tang yuan très bons, faits maison je pense. Ce sont des boules de farine de riz gluant farcies de pâte de sésame, servies dans de l’eau chaude pour les garder molles. Après les avoir rudement comptées, on avait droit à deux chacun. Ce qui était tellement insuffisant.

 

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Daniel Tran de l’AJCF, le chef cuisinier et son second. J’aurais bien aimé savoir leurs noms.

 

Verre de Moutai.

Verre de Moutai.

* En partenariat avec Chine-info.com, le blog « La Petite Banane » et Moutai, une marque de baijiu, un alcool distillé à base de sorgho.

À propos du Moutai : J’ai déjà du mal avec la bière et le vin, alors un alcool qui titre 53°, ce n’est même pas la peine. Une goutte m’a quasiment sonnée.

Tout au cours du repas, le responsable commercial de Moutai faisait le tour des tables pour servir différents Moutai. J’ai été surprise de constater qu’avec une seule goutte, on sentait déjà une énorme différence en parfum et en saveurs entre le premier verre et le dernier, qui était un Moutai très vieux, de 30 ou 40 ans d’âge, évidemment sans prix.

Celui-là, j’en aurais bien pris une deuxième goutte. C’était bon !

Chinese Food Week au Pont de Sichuan
86 rue de Richelieu
75002 Paris
Tél : 09 81 05 71 54

A propos Chihiro

100% Japonaise, née à Tokyo, j’ai grandi à Paris, Londres et New York. Auteur de livres de cuisine, journaliste à mes heures perdues.

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